Utilisés en permanence par les uns, diabolisés par les autres, les adblocks font polémique. Conçus pour retirer la publicité de la vue des internautes, ces extensions sont accusées de menacer l’économie d’Internet et de trahir la philosophie des éditeurs de sites… Que doit-on en penser ?

L’énorme succès des adblockeurs

Les adblocks sont ces extensions pour navigateur web qui permettent de bloquer l’affichage des publicités et d’améliorer ainsi le confort de l’utilisateur. Le leader Adblock Plus rencontre un succès croissant avec plus de 400 millions de téléchargements. Si les utilisateurs sont satisfaits et profitent d’une navigation a priori sans pollution, les médias en ligne en font les frais.

Une utilisation aux conséquences dangereuses pour les sites web

Le modèle économique d’Internet repose en effet sur un accès à l’information libre et gratuite, en échange de l’affichage de publicités. On estime que le système des adblocks représente un manque à gagner de dizaines de milliards de dollars pour les éditeurs de sites web. Sans solution alternative, les conséquences ne peuvent être que fatales pour les sites dont la production de contenus dépend exclusivement de cette rémunération. Certains groupes de presse allemands ont même porté plainte contre Eyeo, l’entreprise éditrice d’Adblock Plus, sans succès.

Une protection bien poreuse contre la publicité native

A l’origine de cette situation ? Le ras-le-bol des internautes face aux abus des annonceurs sur l’affichage des publicités. Intrusives, intempestives et invasives, les publicités ont eu raison du consentement des lecteurs. Les adblocks redonnent alors à l’ergonomie sa juste place dans l’expérience utilisateur. Mais bien qu’ayant une philosophie défendable, le système encourage malgré lui la publicité native. Car pour contourner les adblockeurs, les publicités apparaissent de plus en plus au sein même du contenu, devenant plus difficiles à identifier et plus intrusives.

Le flou autour des intentions d’Eyeo avec Adblock Plus

La polémique prend d’importantes proportions autour du fonctionnement d’Adblock Plus. L’entreprise constitue une whitelist autorisant l’affichage des publicités dites acceptables, celles qui respectent un ensemble de critères précis. 99% des annonceurs peuvent passer gratuitement en whitelist. Le doute sur les intentions bienfaisantes d’Eyeo surgit lorsque l’on apprend que les géants du Web comme Google, Microsoft ou Amazon paient pour l’affichage de leurs publicités. Eyeo se défend en expliquant que seules les publicités aux formats acceptables sont affichées et qu’un comité indépendant pourra juger prochainement des publicités à diffuser. Mais face à tant de flou autour du programme de publicités acceptables, certains affirment qu’Adblock Plus devient un filtre dont la taxe confère davantage de pouvoir aux géants.

Le point de vue de l’agence sur les adblockeurs

Le modèle économique actuel du Web est menacé sans qu’une alternative aussi avantageuse pour les utilisateurs ne fasse consensus. La solution pourrait avant tout résider dans une réconciliation entre annonceurs et lecteurs. D’une part, les internautes doivent être prévenus et sensibilisés sur les conséquences de l’utilisation des adblocks. D’autre part, les annonceurs ne peuvent négliger le confort des visiteurs à l’origine de leurs revenus : il est de leur devoir de respecter une véritable éthique. Et surtout, il n’est pas prudent sur le long terme de laisser une société d’intérêt privé telle qu’Eyeo s’attribuer le rôle de juge et partie sur un marché aussi lucratif que celui de la publicité en ligne. Nous considérons qu’il est de la responsabilité d’autorités publiques indépendantes de mettre en place des réglementations en la matière pour protéger à la fois les intérêts des internautes et ceux des annonceurs.